Guéant brise le front commun avec deux attestations explosives
Âgé de 81 ans et malade, Claude Guéant ne peut assister aux débats. Il a suivi à distance les déclarations de l'ancien président, qui a suggéré devant la cour que son ex-bras droit, certes "remarquable", avait pu agir par intérêt personnel.
Guéant a répliqué sans ambiguïté dans ses deux écrits : il n'a fait que "suivre les instructions" de Nicolas Sarkozy. Rouage central de la conquête de l'Élysée et de l'exercice du pouvoir, l'ancien préfet rejette ainsi sur son ancien patron la responsabilité des faits qui lui sont reprochés.
Lors du dîner officiel à Tripoli le 25 juillet 2007, Mouammar Kadhafi aurait évoqué le souhait libyen d'un réexamen du mandat d'arrêt contre Abdallah Senoussi. Sarkozy aurait alors répondu à Claude Guéant : "Claude, voyez cela." Guéant conteste aujourd'hui la version de Sarkozy sur cet épisode précis.
Senoussi au coeur de la cinquième journée d'interrogatoire
Ce mercredi, Abdallah Senoussi devrait de nouveau occuper une place centrale dans les échanges. Beau-frère de Kadhafi et numéro 2 du régime libyen, il avait été condamné par contumace en France en 1999 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité l'attentat du DC-10 d'UTA.
Cet attentat, survenu le 19 septembre 1989 sur le vol reliant Brazzaville à Paris via N'Djamena, avait causé la mort de 170 personnes, dont 54 Françaises. Senoussi faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international, jamais exécuté.
Selon l'accusation, les autorités libyennes auraient réclamé, en échange d'un financement politique occulte, des contreparties diplomatiques et économiques, mais aussi un réexamen de la situation judiciaire de Senoussi. Les familles des victimes du DC-10, regroupées notamment dans le collectif des Filles du DC-10 d'UTA, se sont constituées parties civiles dans ce procès.
Cinq ans ferme en première instance, 20 jours de prison déjà purgés
Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme, assortis de l'exécution provisoire, pour association de malfaiteurs. Il a déjà passé 20 jours derrière les barreaux à la suite de cette décision.
Il avait été reconnu coupable d'avoir laissé Claude Guéant et son ami Brice Hortefeux discuter d'un financement politique clandestin auprès des autorités libyennes. Les trois hommes ont toujours nié ces faits.
Les mécanismes financiers mis au jour lors des audiences révèlent une architecture complexe. Claude Guéant aurait reçu 500 000 euros via l'intermédiaire Alexandre Djouhri pour l'achat d'un appartement dans le 16e arrondissement de Paris. Des transactions immobilières ont également été identifiées, notamment autour d'une villa à Mougins d'une valeur de 10,4 millions d'euros, avec un surcoût fiscal de 1 955 672,45 euros réglé par un fonds libyen.
Le procès en appel doit s'achever fin mai 2026. La cour rendra sa décision en novembre 2026. Pour Nicolas Sarkozy, l'enjeu est double : son honneur d'ancien chef d'État et sa liberté de citoyen.
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Source: Le Parisien