Guéant brise le silence, Djouhri joue la montre
En face, Alexandre Djouhri, homme d'affaires franco-libyen poursuivi notamment pour blanchiment et association de malfaiteurs, a nié lors de son audition avoir corrompu l'ancien ministre. Il a expliqué avoir offert spontanément une montre de luxe à Guéant parce qu'il l'avait trouvé "impressionnant", une version jugée peu convaincante par plusieurs observateurs du procès.
Condamné en première instance le 28 novembre 2024 à quatre ans de prison dont trois ferme et 200 000 euros d'amende, Djouhri conteste point par point les accusations. Son compte bancaire avait reçu, selon le parquet, un virement suspect de 1,5 million d'euros en provenance de Libye en 2006. Un SMS de 2014 dans lequel il évoque "l'affaire Kadhafi" avec Guéant figure également au dossier.
Une semaine d'audience décisive dans ce crime organisé présumé
Le procès en appel, ouvert le 12 janvier 2026 devant la cour d'appel de Paris, réunit seize prévenus dont Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Alexandre Djouhri et Ziad Takieddine. L'affaire porte sur un crime organisé présumé : le financement illégal de la campagne présidentielle de 2007 via des fonds du régime de Mouammar Kadhafi, estimés entre 30 et 50 millions d'euros au total.
En première instance, Sarkozy et Guéant avaient été condamnés à trois ans de prison dont un an ferme. Les deux hommes ont immédiatement fait appel. Le parquet général, lors des audiences de la semaine du 21 avril, a réitéré ses réquisitions sévères en demandant la confirmation des peines, voire une aggravation pour Sarkozy, pour souligner, selon ses termes, son "rôle central" dans le dispositif.
Le parquet a également rappelé les pièces à charge les plus accablantes : des contrats surévalués à hauteur de 40 millions d'euros, des témoignages de responsables libyens de l'époque, ainsi que des écoutes téléphoniques. Les rétractations de Ziad Takieddine, qui s'était pourtant présenté comme le principal repenti de l'affaire avant de se dédire en 2023, ont été balayées comme une "manœuvre tardive".
La clôture des débats est fixée au 30 avril 2026. Le délibéré est attendu fin mai ou début juin 2026.
Sarkozy et Guéant: des stratégies de défense divergentes
Nicolas Sarkozy a pris ses distances avec ses coprévenus tout au long de ce procès en appel, une posture que la cour a accueillie avec scepticisme selon plusieurs comptes rendus d'audience. L'ancien président conteste la compétence morale du tribunal et dénonce ce qu'il qualifie de "procès politique".
Guéant, âgé de 80 ans, invoque pour sa part une "erreur comptable" pour expliquer les 500 000 euros en liquide non justifiés découverts en 2012. Le parquet avait requis en première instance cinq ans de prison dont trente mois ferme à son encontre, assortis de 75 000 euros d'amende et de cinq ans d'inéligibilité.
L'affaire comporte une dimension mémorielle supplémentaire : les familles des 170 victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989 se sont constituées parties civiles. Elles estiment que les compromissions politiques liées aux fonds libyens ont contribué à occulter les responsabilités de l'État libyen dans ce drame. Le collectif des filles du DC-10 a, selon les observateurs, incarné le visage humain d'une corruption longtemps protégée par des considérations de raison d'État.
Mercredi 29 avril 2026, Sarkozy sera interrogé sur les attestations produites par Guéant, une confrontation indirecte qui s'annonce comme l'un des derniers temps forts de cette audience historique.
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Procès libyen : Guéant accuse, Djouhri élude à la barre
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Au procès en appel du financement libyen, Guéant produit des attestations accablantes le 27 avril 2026, tandis que Djouhri nie toute corruption devant la cour de Paris.
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Source: mediapart.fr