Saint-Denis retire les LBD à sa police municipale
Cédric Michel, président du syndicat des policiers municipaux, a été l'un des premiers à réagir sur les ondes, exhortant les agents à « fuir les communes LFI ». Pour lui, retirer ces équipements revient à « envoyer les agents à poil face à l'insécurité, à la délinquance, au risque terroriste ».
Une course à l'équipement sans base scientifique
Face à ces réactions, le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS et auteur du livre "La police contre la rue", apporte un éclairage plus nuancé. Selon lui, la multiplication des équipements dans les polices municipales relève avant tout d'une « bataille de symboles ».
Sa conclusion est sans appel : « Personne n'a fourni de preuves scientifiques » démontrant que l'armement des polices locales réduit effectivement la délinquance ou améliore la sécurité des citoyens. La tendance à équiper davantage les agents répondrait donc à des logiques politiques plutôt qu'à des données empiriques.
Ce débat s'inscrit dans un contexte sécuritaire tendu. La question de la sécurité locale agite régulièrement l'actualité des faits divers en France, qu'il s'agisse d'agressions au couteau dans les transports en commun parisiens ou de meurtres liés au narcotrafic à Marseille.
Un choix politique qui divise
La décision du maire de Saint-Denis pose une question plus large sur le rôle des polices municipales en France. Depuis plusieurs années, de nombreuses communes ont choisi d'armer leurs agents et d'élargir leurs prérogatives, dans un mouvement qui s'est accéléré après les attentats terroristes. L'attentat déjoué devant la Bank of America à Paris, impliquant notamment des mineurs recrutés via Snapchat, illustre la complexité des menaces auxquelles font face les forces de l'ordre locales.
Le choix de Saint-Denis va donc à contre-courant d'une tendance nationale. Pour les partisans du désarmement, l'argument est simple : si l'efficacité de ces équipements n'est pas prouvée scientifiquement, leur présence alimente surtout les tensions entre police et habitants dans des quartiers déjà fragiles. Pour leurs opposants, l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence d'efficacité, et priver les agents de leurs moyens de protection les met en danger. Le bras de fer entre vision sécuritaire et approche de désescalade est loin d'être tranché, et la décision de Bally Bagayoko ne manquera pas de faire école, dans un sens ou dans l'autre.