Quatre morts emportés par les courants
Les faits se sont produits vers 7 heures du matin, sur la plage d'Écault, à Équihen-Plage. Un groupe de migrants tentait de rejoindre à la nage un "taxi-boat", embarcation utilisée par les passeurs pour récupérer les exilés directement en mer et contourner les contrôles terrestres. Les courants, particulièrement puissants ce matin-là, ont emporté quatre personnes, deux hommes et deux femmes, qui n'ont pas pu être ranimées.
Au total, 42 personnes ont été secourues, dont trois en urgence relative et deux enfants hospitalisés par précaution. Pendant que les secours intervenaient, le taxi-boat a poursuivi sa route vers l'Angleterre avec une trentaine de passagers à son bord.
Ce type de faits divers régionaux dramatiques rappelle la violence quotidienne qui frappe les Hauts-de-France. Le maire d'Équihen-Plage, Christian Fourcroy, s'est rendu sur les lieux. Un point presse a été organisé à 9h45 en présence des autorités.
Le sixième drame en dix jours dans la Manche
Ce naufrage intervient après la mort de deux migrants le 1er avril près de Gravelines, dans le Nord. C'est donc le sixième mort enregistré en mer à la frontière franco-britannique depuis le début de l'année 2026.
La reprise des tentatives de traversée s'explique par un retour de la météo favorable, après plusieurs semaines de conditions difficiles. La veille du drame, les secours avaient déjà dû intervenir plus d'une centaine de fois en mer.
Le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête. Le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a pointé du doigt la responsabilité des réseaux de passeurs, annonçant un renforcement des opérations de démantèlement. Cette tragédie s'inscrit dans une série noire qui touche la région, à l'image d'autres drames de la criminalité organisée comme le meurtre de Mehdi Kessaci à Marseille ou encore l'agression au couteau dans un tramway à Paris.
La responsabilité des passeurs en question
Les réseaux de passeurs organisent des départs massifs dès que la météo le permet, exposant délibérément des familles entières à des risques mortels. Le modèle du taxi-boat, apparu ces dernières années, aggrave encore la dangerosité des traversées: les migrants doivent s'immerger dans des eaux glacées pour rejoindre l'embarcation au large, sans gilet de sauvetage adapté.
Les associations présentes sur le littoral dénoncent depuis plusieurs mois un hébergement d'urgence insuffisant pour les exilés et réclament des solutions alternatives à ces traversées mortelles. Face à l'accumulation des drames, la pression monte sur les autorités françaises et britanniques pour trouver des réponses durables à cette crise humanitaire qui endeuille régulièrement les côtes du Pas-de-Calais. De la même façon que l'attentat déjoué à Paris avec des mineurs recrutés via Snapchat illustre la vulnérabilité de certains jeunes face aux réseaux criminels, ces naufrages révèlent l'emprise mortelle des filières de passeurs sur des populations désespérées.