Vingt ans de terreur dans les villages du Morvan
Les courriers, soigneusement personnalisés, contenaient des insultes ciblées, des montages d'images pornographiques et des découpages extraits de magazines professionnels. Certains envois incluaient des photographies d'instruments vétérinaires de castration associés à des messages menaçants dirigés contre les proches des victimes.
L'affaire touche notamment les communes de Larochemillay et Chiddes, à quelques kilomètres l'une de l'autre. Les victimes décrivent une campagne de harcèlement minutieuse, dans laquelle l'auteur démontrait une connaissance précise de leur vie privée.
Des victimes sous surveillance, des gendarmes peu réactifs
Valérie Bernadat, installée à Larochemillay, reçoit sa première lettre en octobre 2021. Le courrier évoque son fils en utilisant son diminutif et lui conseille d'aller se faire « châtrer », accompagné de collages d'instruments vétérinaires et de montages pornographiques. « C'est le choc et de la colère qui dominent. Intérieurement, je me suis dit : si je le chope celui-là... », confie-t-elle. Elle dépose plainte dès réception des premières lettres, mais se heurte à des gendarmes peu réceptifs, qu'elle décrit même comme moqueurs face à ces courriers.
À Chiddes, une autre victime prénommée Catherine vit les envois comme une « violente intrusion » dans son intimité. « Il y avait dans la lettre des détails sur ma vie personnelle que très peu de gens connaissaient. Il évoquait mes filles. J'avais le sentiment d'être sous surveillance. On se demande alors jusqu'où il peut aller », témoigne-t-elle. Plusieurs victimes confient avoir fini par « soupçonner tout le monde » dans leur entourage, brisant les liens de confiance dans ces communautés rurales soudées.
Valérie Bernadat indique avoir dû se « protéger et fermer sa porte d'entrée à clé », un réflexe inhabituel dans ce cadre rural. « Si on réside ici, ce n'est pas pour prendre un chien de garde et se réfugier derrière des barbelés », déplore-t-elle.
L'enquête débloquée en 2024, un aveu en garde à vue
L'enquête a longtemps stagné avant de connaître un tournant décisif début 2024. Un voisin identifie alors des similitudes d'écriture entre une lettre insultante reçue par sa femme et un courrier professionnel émanant du suspect. Cette découverte permet aux enquêteurs de cibler l'agriculteur de Chiddes.
Placé en garde à vue, l'homme confesse les faits. Il est ensuite interné plusieurs semaines. Son profil, celui d'un agriculteur local de 67 ans bien intégré dans la région, a longtemps rendu l'identification difficile malgré l'ampleur des envois sur deux décennies.
Ce lundi 27 avril 2026, il comparaît à Nevers dans le cadre d'une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité, l'équivalent français du plaider coupable. Cette procédure, aussi appelée CRPC, permet de valider l'aveu du prévenu et de prononcer une peine sans passer par un procès classique. Pour les dizaines de victimes du sud Morvan, cette audience représente une étape longtemps espérée : celle de voir enfin reconnu le crime qui a bouleversé leur quotidien pendant vingt ans.
---
Source: Le Dauphiné Libéré