Guides Actualités
Actualité

Loge maçonnique Athanor : 22 accusés dont 4 militaires de la DGSE jugés pour meurtre, tentative d'assassinat et extorsion dans un procès hors norme qui durera jusqu'en juillet 2026

Parmi les faits divers france les plus retentissants de ces dernières années, l'affaire Athanor occupe une place à part.

Un dossier criminel sans précédent au cœur de la justice française

Parmi les faits divers france les plus retentissants de ces dernières années, l'affaire Athanor occupe une place à part. Depuis le 30 mars 2026, la cour d'assises de Paris juge 22 accusés aux profils aussi éclectiques que troublants, mêlant francs-maçons, ex-agents du renseignement, militaires de la DGSE et chefs d'entreprise, tous soupçonnés d'avoir gravitié autour d'une loge maçonnique transformée en véritable officine criminelle. Le procès, fleuve par nature, doit se prolonger jusqu'au 17 juillet 2026, soit plus de trois mois et demi d'audiences. Un marathon judiciaire à la hauteur de la complexité d'un dossier qui compte 26 crimes et 86 délits recensés.

La loge Athanor, rattachée à la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (GLAMF) et basée à Neuilly-sur-Seine puis à Puteaux dans les Hauts-de-Seine, a longtemps prospéré dans l'ombre. Ce n'est qu'en juillet 2020 que le voile a commencé à se déchirer, laissant apparaître un réseau d'une sophistication rare, capable de mobiliser des ressources humaines et logistiques normalement réservées aux services secrets de l'État.

De la loge fraternelle au réseau criminel structuré

La loge Athanor n'était pas, en apparence, différente des centaines d'obédiences maçonniques qui jalonnent le territoire français. Elle tenait ses tenues, ses rituels, ses banquets fraternels. Mais sous ces apparences convenues se dissimulait, selon l'acte d'accusation, une PME du crime proposant des services illégaux à la demande : intimidations, violences physiques, incendies criminels, voire assassinats. Les clients, souvent des hommes d'affaires désireux de régler des conflits financiers ou des rivalités professionnelles en dehors des voies légales, contactaient le réseau via des intermédiaires. Le tout s'apparentait, selon les magistrats, à une officine de services criminels à la carte, structurée avec la rigueur d'une entreprise.

L'ordonnance de mise en accusation, rendue en juillet 2024 au terme de quatre années d'instruction, dresse le portrait d'une organisation tentaculaire. Deux figures en occupent le sommet : Daniel B., 72 ans, ancien policier passé par les renseignements (DCRI, devenue DGSI), et Frédéric V., chef d'entreprise, soupçonnés d'avoir coordonné les contrats criminels. Autour d'eux, une nébuleuse de profils variés, recrutés pour leurs compétences techniques, leur savoir-faire opérationnel ou simplement leur besoin d'argent.

Les 22 accusés : un panorama saisissant de la France des réseaux

Le casting de ce procès hors norme constitue à lui seul un sujet d'étonnement. Les 22 prévenus, âgés de 29 à 73 ans, se retrouvent côte à côte dans le box des accusés, la plupart sans casier judiciaire. Ce détail n'est pas anodin : il souligne le caractère inédit d'une affaire où des citoyens en apparence intégrés ont basculé dans la criminalité organisée, parfois sans en avoir pleinement conscience.

Catégorie d'accusés Profils représentés Nombre approximatif Charges principales retenues
Sécurité / Renseignement 4 militaires DGSE, 1 ex-agent DGSI/DCRI, 3 policiers retraités ou reconvertis 8 Meurtre, tentative d'assassinat, détournement de fichiers policiers, complicité
Milieu des affaires 6 chefs d'entreprise, consultant, ingénieur, médecin biologiste, armurier, économiste, professionnels du BTP 10 Commandite de crimes, extorsion, association de malfaiteurs
Profils divers Gardien d'immeuble, coach sportif, personnes sans emploi 4 Complicité, exécution matérielle d'actes criminels

Le rôle central des militaires de la DGSE

Parmi les accusés, quatre militaires de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure font figure de révélateur inquiétant des failles institutionnelles françaises. Deux d'entre eux étaient gardiens sur la base de Cercottes-Saran dans le Loiret, une implantation logistique de la DGSE. Leur implication dans le réseau Athanor repose sur un mécanisme de manipulation particulièrement élaboré : ces hommes auraient été convaincus d'exécuter de véritables missions secrètes au nom de l'État, en réalité commanditées par des intérêts privés.

C'est précisément ce ressort qui rend l'affaire si troublante. Les exécutants, connus sous les pseudonymes "Adélard" et "Dagomar", croyaient par exemple agir pour le compte du Mossad lorsqu'ils ont ciblé Marie-Hélène Dini, présidente de l'Académie du coaching. Ils pensaient neutraliser une agente ennemie, alors qu'ils n'étaient que les instruments d'un concurrent commercial prêt à débourser 70 000 euros pour éliminer une rivale professionnelle. Ce degré de manipulation illustre la sophistication des cerveaux du réseau, capables d'exploiter la culture du secret et de l'obéissance propre aux milieux du renseignement.

Pour parfaire l'illusion, le réseau a détourné des fichiers de police, notamment le Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) et le Fichier des Personnes Recherchées (FPR), afin de fournir à ses exécutants des éléments de contexte crédibles sur leurs cibles.

Le meurtre du pilote Laurent Pasquali : le crime le plus grave du dossier

Au cœur du dossier figure l'assassinat de Laurent Pasquali, pilote automobile tué en 2018. Ce meurtre aurait été commandité par un couple en conflit financier avec la victime. Ce crime représente le point de gravité absolu de l'accusation, le seul passage à l'acte mortel avéré dans un dossier qui compte par ailleurs plusieurs tentatives d'élimination. L'acte de mise en accusation retient la qualification de meurtre en bande organisée, qui emporte des peines de réclusion criminelle particulièrement lourdes.

Au-delà du cas Pasquali, le réseau aurait orchestré au moins trois tentatives d'assassinat documentées, ciblant notamment un syndicaliste et un élu local, dont les noms n'ont pas été rendus publics à ce stade des audiences. Des actes moins spectaculaires mais tout aussi révélateurs du mode opératoire complètent le tableau : dépôts de rats morts, incendies criminels, intimidations téléphoniques, destruction de biens.

La genèse de l'affaire : une arrestation fortuite à Créteil en juillet 2020

L'effondrement du réseau Athanor tient à ce que les enquêteurs aiment appeler un coup de chance opérationnel. Le 24 juillet 2020, des policiers procèdent à un contrôle de routine à Créteil, dans le Val-de-Marne. Ils interpellent deux individus dissimulés dans un véhicule, armés, en planque. La cible de leur surveillance : Marie-Hélène Dini, présidente de l'Académie du coaching, qui ne se doute de rien. Les deux hommes sont des militaires de la DGSE. Leur interpellation ouvre une brèche que quatre années d'instruction judiciaire vont transformer en chantier colossal.

L'enquête, confiée à la section de recherches de Paris et à des magistrats spécialisés, remonte progressivement les fils du réseau. Elle révèle une organisation en strates : des commanditaires en haut (hommes d'affaires, professionnels cherchant à régler des comptes), des intermédiaires au milieu (dont Daniel B. et Frédéric V.), et des exécutants en bas (militaires, policiers reconvertis ou en activité, recrutés pour leur savoir-faire discret). La loge maçonnique Athanor faisait office de vivier de recrutement et de lieu de socialisation entre les différents maillons de cette chaîne criminelle.

Face au scandale grandissant, la GLAMF a dissous la loge Athanor dès le mois de février 2021, prenant ses distances avec un groupuscule qui ternissait gravement l'image de la franc-maçonnerie française dans son ensemble.

Un procès qui interroge les institutions françaises

L'affaire Athanor dépasse largement le cadre habituel des faits divers france. Elle pose des questions de fond sur la porosité entre services de l'État et réseaux criminels privés, sur les failles de contrôle interne au sein d'institutions aussi sensibles que la DGSE, et sur la protection des bases de données policières. Comment des militaires en activité ont-ils pu être instrumentalisés sans que leur hiérarchie ne s'en aperçoive ? Comment des fichiers aussi sensibles que le TAJ ou le FPR ont-ils pu être consultés à des fins criminelles ?

Ces interrogations font écho à d'autres affaires récentes qui agitent la chronique judiciaire. On pense notamment à l'attentat déjoué devant la Bank of America à Paris, qui avait mis en lumière la facilité avec laquelle des individus pouvaient être recrutés pour des missions criminelles ou terroristes via des réseaux sociaux, sans même comprendre l'ampleur de leur implication. Dans l'affaire Athanor, la manipulation des exécutants repose sur un mécanisme similaire, mais infiniment plus sophistiqué.

Un calendrier judiciaire exceptionnel et des enjeux symboliques forts

Avec 22 accusés, 26 crimes, 86 délits et un calendrier s'étendant du 30 mars au 17 juillet 2026, le procès Athanor constitue l'un des événements judiciaires les plus importants de la première moitié de cette année. La cour d'assises de Paris, rodée aux grandes affaires criminelles, devra néanmoins relever un défi de taille : maintenir la cohérence d'un dossier d'une exceptionnelle densité sur plus de trois mois et demi d'audiences, tout en permettant à chacun des 22 accusés de faire valoir ses droits.

Les avocats de la défense, nombreux et expérimentés, ont d'ores et déjà fait valoir que bon nombre de leurs clients ont cru agir dans le cadre de missions légales, voire officielles. Cet argument, s'il ne saurait exonérer les prévenus de leur responsabilité pénale individuelle, pourrait peser sur la détermination des peines. La question de la bonne foi sera au coeur des débats, particulièrement pour les militaires et anciens policiers du groupe.

  • 26 crimes et 86 délits recensés dans l'acte d'accusation rendu en juillet 2024
  • 4 militaires de la DGSE parmi les 22 accusés, dont deux gardiens de la base de Cercottes-Saran (Loiret)
  • 1 meurtre avéré : celui du pilote Laurent Pasquali en 2018, commandité pour un conflit financier
  • 3 tentatives d'assassinat documentées, dont celle contre Marie-Hélène Dini, commanditée pour 70 000 euros
  • Détournement de fichiers policiers sensibles (TAJ, FPR) pour faciliter la surveillance des cibles
  • Dissolution de la loge Athanor par la GLAMF dès février 2021, à la suite des premières révélations
  • 3,5 mois d'audience prévus, du 30 mars au 17 juillet 2026, à la cour d'assises de Paris

Le prisme des grands procès criminels français récents

Pour trouver un précédent à l'ampleur du procès Athanor, il faut remonter aux grandes affaires de criminalité organisée des années 2000 et 2010. Le nombre d'accusés, la durée des débats, la diversité des chefs d'inculpation et la dimension institutionnelle des faits en font un événement juridique rare. Il rappelle, dans une certaine mesure, les procès liés aux dérives de certaines sociétés secrètes en Europe, à l'image de la loge P2 en Italie, dont les tentacules avaient infiltré l'État, l'armée et les médias dans les années 1980. La dimension française de l'affaire Athanor, ancrée dans les milieux du renseignement national, lui confère toutefois une singularité absolue.

Dans un registre différent mais tout aussi révélateur des tensions qui traversent la société française, l'affaire du meurtre de Mehdi Kessaci à Marseille, où six personnes ont été mises en examen pour un assassinat revendiqué comme un avertissement dans le monde du narcotrafic, illustre comment les logiques criminelles organisées n'hésitent plus à s'afficher en pleine rue. L'affaire Athanor, elle, avait au contraire tout misé sur la clandestinité, la manipulation et la couverture institutionnelle.

La question de l'encombrement des prisons françaises devrait également se poser à l'issue de ce procès. Avec 87 126 détenus recensés au 1er mars 2026, les établissements pénitentiaires français sont à saturation, et le prononcé éventuel de lourdes peines de réclusion pour les accusés d'Athanor ne fera qu'accentuer une pression déjà critique sur le système carcéral.

FAQ

Qu'est-ce que la loge maçonnique Athanor et pourquoi est-elle au cœur de ce procès ?

La loge Athanor était une obédience maçonnique rattachée à la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (GLAMF), active principalement à Neuilly-sur-Seine et à Puteaux dans les Hauts-de-Seine. Selon l'acte d'accusation, elle a progressivement servi de vivier de recrutement et de lieu de socialisation pour un réseau criminel organisé, proposant des services illégaux à des commanditaires privés : intimidations, violences, incendies criminels et assassinats. La GLAMF a dissous la loge en février 2021, dès les premières révélations publiques de l'affaire. La loge n'est pas en tant que telle jugée, mais son rôle central dans la structuration du réseau est au coeur des débats.

Pourquoi des militaires de la DGSE sont-ils impliqués dans cette affaire ?

Quatre militaires de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure figurent parmi les 22 accusés. Selon l'instruction judiciaire, ils auraient été manipulés par les cerveaux du réseau, convaincus d'exécuter de véritables missions secrètes pour le compte de l'État. Dans au moins un cas documenté, des exécutants pensaient neutraliser une agente du Mossad, alors qu'ils n'étaient que les instruments d'un règlement de compte commercial privé. Ce mécanisme de manipulation met en lumière de graves failles dans les procédures de contrôle interne des services de renseignement français et soulève des questions institutionnelles majeures sur la vulnérabilité des agents à ce type d'instrumentalisation.

Qui sont les principaux accusés dans le procès Athanor ?

Le duo de tête présumé est formé par Daniel B., 72 ans, ancien policier passé par les renseignements intérieurs (DCRI, devenue DGSI), et Frédéric V., chef d'entreprise. Ils sont soupçonnés d'avoir coordonné les contrats criminels et orchestré les opérations du réseau. Autour d'eux gravitent 20 autres accusés, aux profils très variés : militaires DGSE, policiers reconvertis, chefs d'entreprise, médecin biologiste, armurier, ingénieur, coach sportif ou encore gardien d'immeuble. La plupart ne présentent pas d'antécédents judiciaires, ce qui constitue l'une des particularités les plus frappantes de ce dossier hors norme.

Quels sont les faits les plus graves reprochés aux accusés ?

Le fait le plus grave est l'assassinat avéré du pilote Laurent Pasquali en 2018, commandité par un couple en conflit financier avec la victime, retenu sous la qualification de meurtre en bande organisée. Le dossier compte également au moins trois tentatives d'assassinat, dont la plus documentée est celle visant Marie-Hélène Dini, présidente de l'Académie du coaching, commanditée par un concurrent professionnel pour la somme de 70 000 euros. L'ensemble du dossier recense 26 crimes et 86 délits, incluant des extorsions, des violences aggravées, des incendies criminels et le détournement de fichiers policiers sensibles (TAJ et FPR).

Quand le procès Athanor doit-il se terminer et quelles peines sont encourues ?

Le procès, ouvert le 30 mars 2026 devant la cour d'assises de Paris, est programmé jusqu'au 17 juillet 2026, soit plus de trois mois et demi d'audiences. Les peines encourues sont très lourdes : le meurtre en bande organisée est passible de la réclusion criminelle à perpétuité en France. Pour les chefs d'accusation les plus graves, les magistrats du parquet peuvent requérir des peines allant de 20 à 30 ans de réclusion, voire la perpétuité pour les figures considérées comme les cerveaux de l'organisation. Les verdicts sont attendus pour la seconde quinzaine de juillet 2026.

Conclusion

L'affaire de la loge Athanor s'impose comme l'un des procès criminels les plus complexes et les plus symboliquement chargés qu'ait eu à connaître la justice française depuis plusieurs décennies. Elle cristallise, en un seul dossier, plusieurs fractures profondes : la porosité entre réseaux occultes et institutions de l'État, la vulnérabilité des agents du renseignement à la manipulation, la facilité avec laquelle des individus en apparence respectables basculent dans la criminalité organisée. En inscrivant 26 crimes et 86 délits au coeur de ses débats, ce procès fleuve questionne bien au-delà du seul cas de la loge Athanor. Il interpelle l'ensemble de la société française sur ses angles morts institutionnels et sur la frontière, parfois ténue, entre service de l'État et service du crime. Parmi les faits divers france qui ont marqué la chronique judiciaire de ces dernières années, peu auront autant alimenté la réflexion sur les dérives possibles des réseaux d'influence et des milieux du renseignement. Les audiences qui se poursuivront jusqu'au 17 juillet 2026 ne manqueront pas de livrer encore leur lot de révélations.

faits divers france procès Athanor 2026 loge maçonnique DGSE crime organisé France affaire Athanor franc-maçonnerie

Cet article vous a été utile ?

Découvrez nos autres guides et analyses.

Tous les articles