Un groupe Telegram pour "balancer les balances"
Pendant plus d'un an, ce canal a diffusé des photos et des informations personnelles concernant une centaine de personnes, pour la plupart passées par la case prison. Les publications incluaient des adresses, des extraits de dossiers judiciaires et même des numéros de cellule, exposant ainsi des individus à de potentielles représailles.
L'affaire illustre comment les réseaux comme Telegram sont devenus un outil de pression dans le milieu carcéral, à l'image d'autres dossiers impliquant les réseaux sociaux, comme l'attentat déjoué à Paris où des mineurs avaient été recrutés via Snapchat.
"Faites le job" : des publications aux allures d'appels à la violence
À l'audience, le président Guillaume Daieff a interrogé le prévenu sur une publication particulièrement inquiétante. Une photo d'un homme en short sur une plage était accompagnée d'un long texte se concluant par : "on compte sur vous, faites le job". Kevin M. a défendu ses actes en affirmant qu'il cherchait uniquement "à faire le buzz", précisant que c'était "ce qu'attendait le public".
Son casier judiciaire comporte 13 mentions et il purge actuellement une peine de 14 ans de prison, notamment pour enlèvement et vol aggravé. Lors des débats, il a reconnu que les textes publiés lui "faisaient honte", tout en justifiant avoir répondu aux attentes de sa communauté.
Le parquet a requis trois ans de prison avec incarcération immédiate. Son avocate, Me Sukeyna Elachguer, a demandé à la cour de revoir la peine à la baisse, soulignant qu'aucune preuve de violences commises à la suite des publications n'a été établie.
Un contexte carcéral sous tension
Cette affaire intervient dans un contexte de surpopulation carcérale record en France, avec 87 126 détenus recensés au 1er mars 2026. La promiscuité et les tensions entre détenus alimentent ce type de pratiques, où la dénonciation d'un "balance" peut entraîner de graves conséquences physiques en détention.
Le dossier soulève également des questions sur le contrôle des téléphones en prison et la capacité des autorités à surveiller des groupes Telegram rassemblant des dizaines de milliers d'abonnés. Des affaires similaires liées au narcotrafic, comme le meurtre de Mehdi Kessaci à Marseille, montrent à quel point la loi du silence reste un mécanisme central dans les réseaux criminels. Le délibéré n'a pas encore été rendu.