Une mobilisation inédite dans les rues d'Angers
La situation financière de ces professionnels est critique. L'un d'eux résume l'ampleur du désastre dans les colonnes d'Ouest-France : la hausse des prix à la pompe lui coûte désormais 1 800 euros par jour. Un chiffre qui donne la mesure du choc subi par ces entreprises dont l'activité repose massivement sur des véhicules et engins à moteur thermique.
Dans l'Aube, la CAPEB et la CNATP avaient déjà tiré la sonnette d'alarme dès le 14 avril lors d'un conseil d'administration exceptionnel. Didier Glais, vice-président à la formation de la CAPEB, décrivait une situation sans issue : « Avec les augmentations des matériaux qui vont de 5 à 20 %, plus le gasoil qui est aussi en augmentation, on travaille à perte tous les jours. Nos devis sont réalisés depuis plusieurs mois. »
Des prix à la pompe qui s'envolent dans toute la région
En Maine-et-Loire, les relevés de prix illustrent concrètement le calvaire des professionnels. Le gazole dépasse 2,66 euros le litre sur l'autoroute A11 aux Portes d'Angers Sud. Même dans les stations les moins chères de la grande distribution angevine, le litre de gazole se maintient au-dessus de 2,10 euros. Des niveaux insoutenables pour des entreprises dont les devis ont été signés bien avant cette envolée des cours.
La crise ne se limite pas à l'Anjou. En Irlande, des éleveurs témoignent ce jeudi être « en mode survie » face à la même pression énergétique. En France, même le prix du muguet pour le 1er mai sera touché : dans le bassin nantais, principal producteur français, les producteurs préviennent qu'une augmentation du prix de vente est inévitable.
La Coordination rurale avait déjà organisé un rassemblement le lundi 13 avril au Puy-en-Velay pour réclamer un bouclier tarifaire sur le gazole non routier (GNR), souhaitant que son prix ne dépasse pas 1 euro TTC. Mickaël Agrain, co-président de la CR 43, avait sèchement répondu aux propositions gouvernementales orientées vers l'électrique : « Le tracteur électrique n'a pas encore été inventé. C'est totalement à côté de la plaque. »
Les artisans attendent des réponses concrètes de l'État
Face à l'ampleur de la contestation, les organisations professionnelles multiplient les demandes. Parmi les mesures réclamées figurent un abaissement temporaire des cotisations sociales, un crédit d'impôt, une prime carburant sans conditions et une TVA à taux réduit sur les travaux de rénovation.
Le gouvernement avait évoqué des prêts de court terme via Bpifrance et un étalement des échéances fiscales, mais ces réponses sont jugées largement insuffisantes par les professionnels. « On ne va pas faire encore un crédit pour payer de la taxe », résume Mickaël Agrain. La DGCCRF a par ailleurs lancé des contrôles de prix dans de nombreuses stations-service pour vérifier la répercussion de la baisse des cours pétroliers.
La mobilisation des artisans angevins illustre une tension sociale croissante qui, à l'image des faits divers violents qui secouent régulièrement les villes françaises, révèle les fractures d'une société sous pression économique. À l'heure où les institutions françaises absorbent une série de crises en cascade, la colère des artisans du Maine-et-Loire risque de faire des émules dans toute la France si aucune mesure concrète n'est annoncée rapidement. Une prochaine rencontre avec les préfets est attendue dans les jours à venir pour présenter des propositions formelles.