Une requalification contestée par le parquet
Cette requalification repose sur le rapport d'autopsie. Les médecins légistes ont conclu à un traumatisme crânien fatal causé par des coups violents, sans établir de préméditation ni d'intention de tuer. Les deux principaux accusés, âgés de 17 ans au moment des faits, ont également livré des déclarations contradictoires lors de la reconstitution, compliquant la caractérisation de l'acte.
Ce qui s'est passé ce 4 avril 2024
Shemseddine, élève de troisième au collège des Sablons, a été pris à partie à la sortie des classes vers 16h. Quatre jeunes plus âgés l'ont entraîné dans une cage d'escalier voisine. Une discussion a rapidement dégénéré en violences: coups de poing, coups de pied, une chute tête la première contre une marche, puis de nouveaux coups. Le collégien est décédé le lendemain à l'hôpital Necker des suites de ses blessures.
Le mobile tourne autour d'une question de «réputation»: les deux principaux mis en cause, frères d'une camarade de classe, reprochaient à Shemseddine d'avoir compromis l'honneur de leur sœur par des fréquentations jugées indésirables. Une affaire qui rappelle, dans sa brutalité ordinaire, d'autres drames criminels survenus en milieu scolaire ces dernières années, comme le meurtre d'un homme à Reims lors d'une altercation déclenchée pour un motif dérisoire.
Deux non-lieux et un renvoi pour subornation
L'instruction a également débouché sur des décisions mitigées pour les autres mis en cause. Deux d'entre eux, âgés de 17 et 20 ans au moment des faits, ont bénéficié d'un non-lieu. La partie civile a fait appel de cette décision.
Le mis en cause le plus âgé n'est toutefois pas totalement hors de cause: il est renvoyé pour subornation de témoins, après avoir tenté d'orienter les enquêteurs vers une bande rivale fictive. Une tentative de manipulation qui avait retardé le travail des enquêteurs dans les premières semaines de l'enquête.
L'affaire avait suscité une forte mobilisation à Viry-Châtillon et au-delà, conduisant notamment l'ancien ministre de l'Éducation Gabriel Attal à se rendre sur place. Aucune date de procès n'a encore été fixée, le sort de la qualification retenue dépendant désormais de l'issue de l'appel du parquet. Si la chambre de l'instruction devait requalifier les faits en assassinat, les accusés s'exposeraient à des peines bien plus lourdes devant la cour d'assises des mineurs de l'Essonne. La question des peines et de leur exécution reste au cœur du débat dans un système judiciaire sous pression. Par ailleurs, cette affaire impliquant des mineurs s'inscrit dans une réflexion plus large sur la délinquance juvénile, à l'heure où des mineurs se retrouvent également impliqués dans des affaires aussi graves que le terrorisme.