Un enfant enfermé depuis septembre 2024
Le procureur de la République de Mulhouse, Nicolas Heitz, a tenu une conférence de presse le 15 avril pour détailler le calvaire de l'enfant. Selon lui, le père "l'avait mis dans la camionnette fin septembre 2024", alors que le garçon n'avait que 7 ans. Il y a donc vécu plus d'un an et demi dans des conditions effroyables.
Les conditions de vie étaient inhumaines. L'enfant dormait sur un simple matelas avec une couverture, faisait ses besoins dans une bouteille et disposait d'un baluchon de vêtements. "Depuis quelque temps, son père ne lavait plus ses vêtements, ne lui donnait plus de pyjama ni de brosse à dents", a précisé le procureur lors de son intervention de 18 minutes.
L'examen du médecin légiste a mis en évidence "une attitude recroquevillée de l'enfant avec position spontanée, genoux repliés contre le tronc, l'enfant déclarant ne pas pouvoir déplier les membres inférieurs, ni se mettre debout, ni même marcher", selon les mots de Nicolas Heitz.
Le père encourt 30 ans de réclusion, la belle-mère sous contrôle judiciaire
Entendu par deux enquêtrices, l'enfant a évoqué "une très, très longue histoire". Il a décrit de "très mauvaises relations" avec la compagne de son père, la qualifiant de "pire ennemie" et de "méchante". Le père aurait justifié la séquestration en affirmant vouloir protéger son fils d'un placement en hôpital psychiatrique souhaité par sa belle-mère. Aucun élément médical ne corrobore pourtant l'existence de troubles psychiatriques chez l'enfant, dont les résultats scolaires étaient auparavant très bons.
Mickael G., 43 ans, a été mis en examen pour séquestration et privation de soins compromettant la santé d'un mineur de moins de 15 ans par un ascendant. Il a été placé en détention provisoire pour une durée d'un an, renouvelable, et encourt jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle. Sa compagne, Aurore B., 37 ans, a quant à elle été mise en examen pour non-assistance à mineur en danger et non-dénonciation de mauvais traitements. Elle a été placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de se rendre à Hagenbach, et risque jusqu'à 7 ans de prison. Des mesures de placement ont également été ordonnées pour le garçon et ses deux sœurs.
Une affaire qui soulève aussi des questions sur les défaillances institutionnelles, notamment du côté de l'Éducation nationale. Une inspection générale a été lancée par le ministre Edouard Geffray, dont les conclusions sont attendues dans six semaines. L'enquête a révélé que l'enfant avait "disparu du jour au lendemain" sans que personne ne donne l'alerte, comme ont pu le confirmer les voisins dans l'enquête de voisinage. Pour d'autres affaires judiciaires marquantes, lire aussi notre article sur le meurtre d'un homme pour un briquet à Reims ou sur les six mis en examen dans l'affaire Kessaci à Marseille.
"La jeune victime est toujours hospitalisée et est en sécurité", a assuré le procureur Nicolas Heitz. Pris en charge à l'unité pédiatrique de l'hôpital de Mulhouse, le garçon n'est pas en danger immédiat. La question des séquelles physiques et psychologiques après dix-huit mois d'enfermement reste entière. La présidente de l'association "La voix de l'enfant" a pour sa part rappelé un message essentiel à l'adresse des témoins potentiels : "Si vous avez un doute, ce n'est pas de la délation."