Un phénomène en forte accélération
Les faits divers en France liés aux cryptomonnaies ne ciblent pas uniquement des profils spécialisés. Si les victimes sont « principalement des acteurs institutionnels ou des personnes possédant des cryptomonnaies », les malfaiteurs commettent parfois des erreurs de cible. Les commanditaires sont souvent basés à l'étranger, et le nom des victimes n'est parfois révélé qu'au dernier moment aux hommes de main, selon Philippe Chadrys.
Des affaires récentes emblématiques
Lundi 13 avril, une femme et son fils de 11 ans ont été enlevés en Bourgogne. Une rançon en cryptomonnaies avait été exigée. Grâce à la mobilisation d'une centaine de gendarmes, les deux victimes ont été libérées dès le lendemain, mardi 14 avril, en région parisienne. Sept hommes ont été placés en garde à vue.
Vendredi 10 avril à Anglet, cinq individus ont séquestré et ligoté six membres d'une même famille, dont deux mineurs, à la recherche d'un détenteur de cryptomonnaies qui s'avérait être l'ancien propriétaire du logement. Les malfaiteurs ont volé bijoux et argent liquide avant de prendre la fuite. Quatre suspects ont été interpellés le même jour à Paris et dans la région bordelaise, en possession d'une partie du butin. Six personnes au total ont été mises en examen dans deux dossiers distincts, dont une affaire similaire survenue fin mars près de Toulouse.
Dans ce second dossier toulousain, une femme approchée par un faux livreur avait été agressée et séquestrée à son domicile par quatre individus armés. Les malfaiteurs étaient parvenus à lui soutirer des cryptoactifs et à voler ses bijoux avant d'être interpellés à Aubagne. Ces deux enquêtes sont menées sous la direction du parquet de Bordeaux.
La Brigade de recherche et d'intervention (BRI) avait également procédé à des arrestations gare Montparnasse dans une autre affaire, après qu'une erreur de cible avait conduit des suspects venus du Nord à s'en prendre aux mauvaises personnes. Dans un contexte de criminalité organisée en hausse, ce type d'opérations mêlant commanditaires à distance et exécutants locaux inquiète les autorités.
Le Pnaco et la série noire depuis l'affaire Ledger
Le nouveau parquet anticriminalité organisée (Pnaco), entré en fonction début janvier 2026, gère déjà 13 enlèvements aux cryptomonnaies selon un décompte communiqué début avril à l'AFP. Il centralise les enquêtes sur ces affaires à fort caractère organisé, aux côtés des juridictions interrégionales spécialisées (Jirs).
La série noire avait éclaté au grand jour en janvier 2025 avec le rapt de David Balland, cofondateur de Ledger, une start-up spécialisée dans les portefeuilles de cryptomonnaies. Enlevé avec sa compagne, il avait eu le doigt sectionné par ses ravisseurs avant d'être libéré. Cette affaire avait mis en lumière la vulnérabilité des détenteurs visibles de cryptoactifs. Dans un contexte où la surpopulation carcérale atteint des records en France avec 87 126 détenus au 1er mars 2026, la multiplication de ces affaires soulève des questions sur la capacité du système judiciaire à absorber ces dossiers complexes.