Une publication qui a mis des avocats en danger
Ce type d'affaire illustre une réalité préoccupante dans les faits divers en France : la frontière entre liberté d'expression et mise en danger délibérée de personnes identifiées est de plus en plus mince à l'ère des réseaux sociaux.
Erik Tegnér plaide la liberté de la presse
Face aux juges du tribunal de Bobigny, Erik Tegnér, 32 ans, a choisi l'offensive. Son discours s'appuie sur la défense du journalisme d'investigation. « Nous ne sommes pas un média d'opinion mais un média d'investigation : nous avons fait un travail d'enquête qui n'a jamais été fait sur un sujet d'intérêt général », a-t-il affirmé. Il dénonce également « une procédure bâillon » et ce qu'il qualifie de « danger énorme pour la liberté de la presse ».
Ses deux avocats ont soutenu cette ligne de défense. Les avocats visés dans la publication, eux, estiment au contraire que la divulgation de leurs données personnelles constitue une mise en danger directe. La qualification exacte retenue par le parquet n'a pas encore été rendue publique à ce stade de la procédure.
Un contexte de tensions autour de l'immigration et du droit
Cette affaire s'inscrit dans un climat de radicalisation du débat public sur l'immigration. Des avocats spécialisés dans le droit des étrangers sont régulièrement ciblés par des mouvances identitaires. La publication d'un tel « classement » par un média disposant d'une audience réelle sur YouTube et Instagram amplifie mécaniquement le risque pour les personnes nommées.
Le dossier rejoint une série d'affaires judiciaires impliquant des contenus en ligne au potentiel dangereux, à l'image de l'attentat déjoué à Paris où des suspects avaient été recrutés via Snapchat, ou encore des violences ordinaires qui virent au drame lorsque la haine s'exprime sans filtre. Le délibéré dans l'affaire Tegnér n'a pas encore été annoncé.