Un triple féminicide prémédité dans la nuit de novembre 2023
Kheira, 11 ans, a reçu trois coups de couteau au cœur. Hurya, 10 ans, a été asphyxiée et poignardée, portant des plaies de défense. Syrine, la plus jeune, avait seulement 4 ans : elle a été étouffée. Après les meurtres, El Houdigui s'est rendu de lui-même au commissariat de Dieppe et a avoué : « Je viens de tuer mes trois enfants, à Alfortville. »
Le mobile ne laisse aucun doute. Quelques mois plus tôt, leur mère, Samira, avait demandé le divorce. L'accusé n'acceptait pas l'idée que ses filles soient un jour élevées par un autre homme. Un acte de possession meurtrière, qualifié par les parties civiles de féminicide par procuration.
Un casier chargé, un procès sous tension
Pendant les audiences tenues à Créteil, El Houdigui est resté les yeux baissés, minimisant ses actes. Il avait pourtant déjà été condamné pour violences conjugales, reconnaissant lui-même avoir frappé sa femme, la menacé avec une batte de baseball et commis des viols. La mère des victimes a témoigné avec une lucidité glaçante : « Il s'est attaqué à mes filles parce qu'il savait très bien que s'il s'attaquait à moi, je me défendrais. »
Les trois enfants étaient considérées comme victimes de violences vicariantes, subissant par répercussion les violences exercées sur leur mère. Cette notion, de plus en plus reconnue par les tribunaux français, a pesé dans les débats. On se souvient qu'en France, la violence intrafamiliale reste au cœur de plusieurs drames judiciaires récents qui interrogent la capacité du système à protéger les victimes avant l'irréparable.
La perpétuité prononcée, sans appel annoncé
Le 10 avril 2026, la cour d'assises du Val-de-Marne a condamné Youness El Houdigui à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Cela signifie qu'il ne pourra pas demander d'aménagement de peine avant deux décennies au minimum. Son avocat, Me Baptiste Hervieux, a indiqué que son client ne ferait pas appel.
Me Isabelle Steyer, avocate de la mère des victimes, a salué un verdict reconnaissant pleinement la parole de la famille et la gravité des violences subies. Ce dossier relance le débat sur la surpopulation carcérale et les conditions de détention des condamnés à de très longues peines, dans des prisons françaises qui accueillaient déjà 87 126 détenus au 1er mars 2026. La mère de Kheira, Hurya et Syrine devra, elle, apprendre à vivre sans ses trois filles.