Le 30 octobre 1979 : une mort officielle, des doutes persistants
Dès les premiers jours, des incohérences émergent. Des expertises ultérieures révèlent deux fractures au visage présentes avant la mort, incompatibles avec la thèse du suicide par noyade. En 2020, un collège d'experts invalide définitivement la noyade comme cause du décès, relançant l'hypothèse d'un crime.
Plus récemment, un témoin dénommé Elio Darmon avait affirmé avoir participé à une agression physique contre Robert Boulin avec d'autres individus, provoquant un arrêt cardiaque. Ce témoignage tardif, d'une importance capitale, est fragilisé par le décès de Darmon le 1er avril 2026. La famille réclame désormais l'audition des survivants de ce groupe.
Une carrière politique au coeur des rivalités de la Ve République
Pour comprendre pourquoi Robert Boulin aurait pu être une cible, il faut replacer sa mort dans le contexte politique de l'époque. Ancien résistant et figure gaulliste proche de Georges Pompidou, il appartient à la génération qui a structuré la droite française de l'après-guerre.
Au début des années 1970, il s'engage dans une opération foncière à Ramatuelle, dans le Var, via un promoteur nommé Henri Tournet, lié aux milieux d'affaires. Ce dossier, discret à l'époque, servira de levier politique quelques années plus tard. Des allégations de chantage circulent : Boulin aurait été soumis à des pressions en raison de cet investissement immobilier.
La situation se complique avec la recomposition de la droite française après 1974. Jacques Chirac, démissionnaire du poste de Premier ministre en 1976, fonde le RPR et s'impose en rival direct de Valéry Giscard d'Estaing. Robert Boulin, lui, reste fidèle au camp giscardien. Sa nomination au ministère du Travail en 1978 l'installe au coeur de l'exécutif. Son nom circule alors pour Matignon, ce qui est perçu comme une provocation directe par le RPR et son président.
Des documents classés "secret défense" pourraient être déclassifiés prochainement, à la demande de la famille, qui dénonce depuis des décennies un "crime d'État" impliquant de hauts responsables.
Le pôle cold cases de Nanterre : une structure née en 2022
Créé en mars 2022 au tribunal judiciaire de Nanterre, le pôle "cold cases" est une juridiction spécialisée dans les crimes non élucidés ou anciens. Son objectif est d'éviter la dispersion des affaires longues en regroupant les procédures, en croisant témoignages, indices matériels et expertises, et en relançant les enquêtes via de nouvelles auditions ou demandes de déclassification.
Au 4 février 2026, 490 procédures avaient été identifiées ou portées à sa connaissance, dont 131 effectivement saisies par le pôle. La procédure de saisissement prévoit un délai de 8 jours à un mois pour que le juge d'instruction rende sa décision après réquisition du parquet.
L'affaire Boulin s'inscrit dans cette dynamique : le parquet de Versailles a formulé sa réquisition le 17 avril 2026, soit une semaine avant aujourd'hui. La famille, qui milite depuis des décennies pour la réouverture du dossier, voit dans ce transfert une avancée concrète après des années de relances infructueuses et de témoignages tardifs. Le juge d'instruction dispose désormais d'un mois pour statuer sur la saisine du pôle.
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Source: La Dépêche