Une vague criminelle sans précédent
Philippe Chadrys, directeur national adjoint de la PJ, a précisé que ces actes visent aussi bien des acteurs institutionnels que de simples particuliers. Les commanditaires sont souvent basés à l'étranger, les modes opératoires varient d'un dossier à l'autre. Annabelle Vandendriessche, cheffe du Sirasco (service de renseignement sur la criminalité organisée), résume l'évolution en un mot : ce type d'extorsion était encore « marginal » en 2024.
Des affaires de plus en plus violentes et amateuristes
Le 13 avril 2026, quatre hommes cagoulés ont enlevé une mère et son fils de 11 ans dans un village de l'Yonne, sous les yeux du père ligoté avec des colliers de serrage. Les ravisseurs avaient d'abord exigé 400 000 euros en cryptomonnaies. Face au délai de sécurité de sept jours imposé par la plateforme, ils ont embarqué de force la mère et l'enfant jusqu'à un hôtel du Val-de-Marne. Après vingt heures de séquestration, le GIGN est intervenu et libéré les victimes. Sept suspects ont été interpellés. Un épisode à rapprocher d'autres affaires récentes où des jeunes, parfois mineurs, sont recrutés pour des actes violents commandités à distance.
Le 10 avril à Anglet, cinq individus ont séquestré toute une famille, ligoté mère et enfants avec du câble électrique et frappé le père et le grand-père. Ils avaient mal ciblé leur victime : le détenteur de cryptomonnaies n'était pas là. Interpellés à la gare Montparnasse après avoir dérobé bijoux et matériel informatique, les suspects illustrent une tendance inquiétante : l'amateurisme s'invite dans ces rapts, avec des proches enlevés par erreur, faute de renseignement préalable.
Ce phénomène n'est pas sans rappeler le guet-apens de janvier 2025 contre David Balland, cofondateur de Ledger, dont un doigt avait été sectionné pour obtenir une rançon. Sa compagne avait été retrouvée ligotée dans le coffre d'une voiture en périphérie parisienne. Dans un contexte où la violence organisée prend des formes de plus en plus spectaculaires, les crypto-kidnappings s'imposent comme une nouvelle ligne de front pour les forces de l'ordre.
L'État face à une criminalité qui s'industrialise
Le parquet national anticriminalité organisée (Junalco) suit de près plusieurs de ces dossiers. Le gouvernement envisage un plan d'urgence spécifique, tandis que le GIGN et les brigades de répression du banditisme multiplient les opérations. La difficulté est structurelle : les rançons en cryptomonnaies sont difficiles à tracer, les commanditaires restent hors de portée, et le recrutement de jeunes exécutants est rapide. La surpopulation carcérale record enregistrée au 1er mars 2026 illustre par ailleurs la pression croissante que cette criminalité fait peser sur tout le système judiciaire français.